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Éthique du pouvoir [fr]

Le corps est l’outil humain par le biais duquel l’individu se crée un espace relationnel et interactionnel qui fonde sa vie quotidienne et son existence sociale toute entière. Il est l’évidence ultime qui affirme la présence de l’être dans un espace-temps précis et dans un contexte social donné. A travers les éléments qui constituent ce corps premier outil de communication, se construit un rapport au monde extérieur, à autrui, aux autres corps. Sans l’existence de la communication corporelle, une vie interactionnelle n’a pas lieu.

Crédits: beautyjunkees

Le Statut Social de l’ individu

Il serait fondamental pour tout désireux de comprendre un fait social donné, de mettre en avant l’importance du corps et des particularités qui le distinguent des autres corps sociaux. De cette façon, le statut social de l’individu s’étudiera d’une façon plus éclairée et plus réaliste puisque sera envisagé du fond de la problématique : Les motivations, les réalités, les croyances sociales sur lesquelles repose ce corps social.

Aussi, le corps est omniprésent dans l’autorité sociale. Il l’expose et assure son application par le biais d’une apparence charismatique. Le corps dans un contexte d’autorité serait le corps du politicien, premier objet social qui lui garantit la suprématie sur les autres. Envisager l’autorité comme un fait social d’une importance cruciale et s’engager dans son analyse sociologique est conditionnel pour la compréhension des structures sociales qui fondent nos sociétés et qui donne au corps humain une signification imminente.

Crédits: ethiqueparlecoeur

Une question d’éthique

Lorsqu’il m’arrivait de dialoguer avec des proches ou amis sur des enjeux sociaux contemporains, je faisais usage de mon approche éthique en mettant en avant l’importance de la compréhension de l’essence et du fond de tout problème social, on m’arrêtait systématiquement me répliquant :

« Alors là il est question d’éthique, l’éthique n’est plus d’actualité ! Il faut envisager des solutions immédiates et efficaces, essayer de revenir à l’essence du fait social est une pure perte de temps. »

Leurs semblant un peu difficile à concevoir, les soucieux du monde et les veillant à son bien négligent sa pertinence. Or ce qu’ils ignorent, c’est que le but principal de l’éthique regorge d’un principe de justice sociale dont la conceptualisation prend la forme du « bien et du bon », et que, cependant, passer à travers ne résout rien et ne pourrait que causer l’amplification des maux sociaux dont la provenance reste pour tout le monde toujours méconnaissable et énigmatique. Il reste que l’éthique n’est définitivement pas amie du pouvoir.

Crédits: Elishean

L’homme au pouvoir

Il est un individu pour qui le pouvoir compte et est prioritaire avant toute transformation sociale visant le bien d’une société donnée. Le politicien occidental par exemple, retrouve toute son intégralité historique dans l’époque grecque, où les sophistes faisaient l’usage de leurs intelligibilités pour promouvoir l’art de bien parler.

C’est simple.

Pour être populaire et réussir à assujettir leurs citoyens, pour des fins de domination, les sophistes devaient faire valoir dans leurs discours un langage convaincant et séduisant mais ne contenant pas forcement une vérité, ce qu’on appelle plus couramment «l’art de la persuasion».

Il me semble…

qu’il n’y a pas de distinction entre le langage communicationnel des sophistes et celui des politiciens modernes pour ce qui est de la finalité que ces discours engendrent. Pour le politicien moderne par exemple, les solutions envisagés pour la sécurité et la protection d’un peuple ne sont pas mis en place pour assurer une durabilité quelconque, car cet homme ne peut littéralement promettre un avenir meilleur dans un monde où il n’est qu’un simple vivant, mortel, et un acteur social provisoire, comme tout autre acteur social.

Il se met alors à promettre pour réconforter le public afin de s’assurer un minimum de durabilité au pouvoir, en ne tenant pas réellement compte des risques de destruction sociale qu’impliquerait l’application de ces promesses. L’homme au pouvoir cherche à être symboliquement apprécié et admire tout ce qui est d’«apparence symbolique» séduisant car ne se préoccupant pas de l’importance du fond de l’être, ni de la connaissance, et donc pas de l’utilité de la chose pour une finalité de bien commun.

Crédits: croissanceetvie

La véritable connaissance

Ce qui nous amène à croire, qu’il ne peut connaitre la vérité, c’est-à-dire, ce qui serait considérablement positif pour les autres (qu’il est supposé guider) puisqu’il s’éloigne de la véritable connaissance qui serait ”l’intériorité de l’être”, et ”l’utilité de la chose”. Se contentant d’exercer le pouvoir et se considérant être le véritable guide et l’ultime, il s’octroie souvent le droit d’abuser de la confiance de ses concitoyens, sachant préalablement qu’il ne pourrait être remis en question s’il advenait à apprendre à être visiblement confiant.

C’est pourquoi, travailler sur la manière et les outils de dialogues afin d’adopter un discours public convaincant par l’entremise d’une apparence charismatique considérable qui permettrait la suprématie sur les autres demeure la première préoccupation de ce dernier.

Il serait ici question de domination charismatique, qui, selon Max Weber, serait la forme de domination la plus révolutionnaire de tous les autres principes de dominations sociales, car si bien qu’elle ramène celui qui l’exerce et désirant la préserver à une constante pratique de réaffirmation, elle est capable de lui assurer une durabilité inestimable à son autorité sur son peuple.

Crédits: L’entreprise

La domination charismatique

La compréhension de ce qu’implique une domination charismatique est d’une grande importance pour l’individu désirant comprendre les structures de pouvoirs qui le situent dans la société et qui s’efforcent souvent de pratiquer sur lui toutes formes d’oppressions et d’injustices sociales. L’idée étant de vouloir comprendre la suprématie d’une minorité sur une majorité qui semble passive par le simple fait qu’elle serait toujours prête à accepter tout ce qui se présente à elle, bon ou mal, juste ou injuste, sans pour autant arriver à dissocier entre les deux ni essayer de les remettre en question. Il est évident qu’une pratique de domination charismatique a pour objectif systématique l’asservissement de ceux sur qui on l’exerce.

En effet, cette forme d’autorité décisive a pour effet l’assujettissement de ceux-ci, devenant de simples sujets déshumanisés. De simples acteurs sociaux visant à approuver avec authenticité tout ce qui leurs serait dicté par celui qui supposément détiendrait «le savoir du juste», c’est à dire, celui qui aurait la connaissance de la bonne conduite pour le bien commun (le sophiste ou politicien).

Ainsi, il serait raisonnablement impensable qu’un citoyen s’inquiétant un minimum pour son bien-être et celui de sa société cède son destin et celui de ceux qu’il aime à un homme sans véritable connaissance de ce qui serait littéralement bon ou mauvais pour lui-même et pour les êtres qui lui sont chers.

On en arrive au fait qu’il n’est donc pas seulement question de l’homme au pouvoir qui veut à tout prix dominer, mais il est aussi question de ceux qui l’encouragent à atteindre ce statut de dominant. Car il est vraisemblable que l’existence d’un politicien et tout à fait conditionnelle a l’existence de ceux sur qui il pourrait pratiquer de l’autorité, son peuple (celui qui lui approuve et l’encourage à être ce qu’il est).

Crédits: moorconsulting

Le dominant-dominé

L’aspect initial sur laquelle se constitue cette idée de «dominant-dominé» est véritablement «l’obéissance». L’obéissance est ce qui nourrit la continuité de prise de pouvoir de par le politicien. Il en convient qu’un homme désobéissant au pouvoir serait un homme libre. En déduction, les individus qui obéiraient au pouvoir seraient considérés comme des êtres privés de leurs authentiques libertés.

L’étude scientifique révolutionnaire de Stanley Milgram qui avait pour but de démystifier et de comprendre comment un homme doté d’un minimum de raison pouvait obéir à un ordre allant à l’encontre de ses valeurs et de sa moral nous en informe plus à ce sujet. Les résultats de cette étude ont démontrés que les sujets qui avaient participé à cette étude étaient presque tous capables de faire du mal à un étranger sous le dicte d’ordres d’une autorité suprême.

Les sujets pouvaient continuer à infliger des tortures à d’autres sujets qu’ils ne connaissaient nullement tant que celui qui leur donnait l’ordre de les exécuter ne leurs avaient pas demandé de cesser de le faire. Cette étude nous permet de mieux comprendre le rapport entre l’autorité qui dicte les ordres, justifiant ainsi son acte par la détention du savoir, ce qui transforme l’acte injuste en un acte légitime et juste, et l’exécuteur de cet acte, celui qui obéit aveuglement.

“Il n’y a pas d’exercice du pouvoir sans une certaine économie des discours de vérité fonctionnant dans, à partir de et à travers ce pouvoir.”  Michel Foucault