Health & Fitness Lifestyle Sports Stereotypes

La méditation est-elle une simple façon de déstresser ? [fr]

Credits : Mindbodygreen

 “Qu’est ce qui te plait, toi, dans la méditation ?

  • Au début c’était pour m’aider à dormir. Mais tu vois, grâce à ça, j’éloigne les émotions négatives comme la colère la jalousie. Je suis plus sereine maintenant.
  • Moi ça m’aide à prendre du recul par rapport aux choses, dans la vie comme dans mon travail.

Tu sais, moi je suis psychologue. Je dois faire face à pas mal de choses.”

C’est ce genre de réponses qui motivent les employés, cadres ou universitaires à rejoindre la vaste nébuleuse des pratiques ayant pour but d’accroitre le bien-être personnel. La méditation constitue l’une de ces activités sensée réguler le stress, réconcilier le traditionnel clivage psychisme et corps, et, plus globalement, reprendre sens avec sa vie intérieure.

Credits :  Huffingtonpost

La méditation est-elle religieuse ou une simple façon de déstresser ?

Initialement associée aux religions orientales et plus particulièrement au bouddhisme, la méditation et ses promesses se sont exportées en Occident depuis une trentaine d’années. Laïcisée pour mieux se démocratiser, elle s’adresse à tout type d’individu, de n’importe quel âge. En franchissant ces barrières culturelles, elle permet à un vaste public potentiel de s’adonner à ce sport de l’homme moderne. Un tel engouement pour ces promesses thérapeutiques n’est pas anodin.

Sur Amazon, une floraison d’ouvrages promouvant le développement personnel se juxtapose aux côtés de ceux de Thomas More, Hannah Arendt ou Nietzsche. L’image véhiculée du sage, jambes croisées et paumes tournées vers le ciel est le nouveau symbole marketisé de la sérénité. La réappropriation de ces pratiques à destination des cadres, harassés par les conditions de travail, est aujourd’hui observable dans plusieurs grandes entreprises. Sommes-nous en train d’assister à une réutilisation de la méditation à des fins productives ?

Credits: cravate-avenue

Des questions…

Munie de mon carnet de notes et de mes connaissances de jeune sociologue, j’interroge le professeur. Il n’y voit pas quelconque utilisation subversive de cette pratique ancestrale. Pour lui, les adeptes en font une utilisation personnelle, il s’agit de se reconnecter avec soi-même, et donc d’exclure les pensées associées au travail. Le contexte de cette pratique en pleine conscience produirait l’effet inverse. Selon la théorie de Danièle Linhart, plus que d’obtenir des résultats visibles au travail par une créativité et une concentration accrue, les pratiquants prendraient plus de recul quant à la vie en générale, et donc se dé psychologiseraient des aléas de l’entreprise[1]

Un monde sans couleur superficielle, sans domination ni emprise, un monde délivré de ses chaines sociales : les promesses de cette pratique sont dirigées non pas vers un retour dans le passé, mais vers une vision purifiée de l’humanité. 30 minutes s’écoulent et j’entre-ouvre les yeux. Mi- apaisée, mi- somnolente, je me dirige vers le professeur. Selon lui, on côtoie tout type de personnes dans le centre, bien que quelques années plus tôt, le public soit composé de 90% de femmes de quarante ans.

 

Credits : Mindbodygreen

Le bonheur

Quant à la question de sens, la méditation, en pratique prône un oubli de soi pour une conscience accrue. Il serait question de transcender notre égo pour accéder à une vision du monde holiste, ou chaque homme est vu comme une particule interdépendante du reste du monde. C’est précisément ici qu’apparaissent les notions de bienveillance, d’écoute, et alors de bonheur. Cette clairvoyance s’acquiert dans la durée, après de longues années de pratique selon les dires de sages tibétains.

Or l’homme moderne n’a par définition pas le temps. Cette pratique dans les sociétés modernes est-elle alors stérile pour autant ? En considérant la pratique à moyen terme, de réels effets positifs ont été observé sur les individus. Selon Clin Pyschol Review[3], la méditation permettrait de réduire les risques de rechutes suite à une dépression de 34%. Elle atteindrait presque  50% chez les sujets ayant fait plus de trois rechutes. Ainsi, cet outil permettrait de lutter efficacement contre la dépression, maladie de l’homme moderne[4].

 

Credits: Querelles

La théorie du choix rationnel

 

Elle masquerait une volonté mercantile des industries culturelles qui ont bien saisi la portée de ces questions à l’ère capitaliste la plus avancée où l’homme, perdu dans les matrices virtuelles tente de se rapprocher de son état de nature, et où l’industrie, grâce au masque de l’industrie paternaliste, tente de dissoudre ces notions de stress et d’anxiété qui nuisent au rendement.

Écrit par Mélissa Moriceau

           

 Bibliographie
Linhart D., La comédie humaine du travail. De la déshumanisation taylorienne à la sur-humanisation managériale, Paris, Érès, coll. « Sociologie clinique », 2015, 158 p., ISBN : 978-2-7492-4632-1. Batchelor M. and Brown K., Buddhism and Ecology, Cassel, 1992
Piet J., and Hougaard E. “The effect of mindfulness-based cognitive therapy for prevention of relapse in recurrent major depressive disorder: a systematic review and meta-analysis”, 2011, Clinical Psychology Review
Ehrenberg A., La fatigue d’être soi. Dépression et société, Odile Jacob, 2000 Boudon R, L’inégalité des chances, Paris, Hachette, 1979
[1] Linhart D., La comédie humaine du travail. De la déshumanisation taylorienne à la sur-humanisation managériale, Paris, Érès, coll. « Sociologie clinique », 2015, 158 p., ISBN : 978-2-7492-4632-1.
[2] Batchelor M. and Brown K., Buddhism and Ecology, Cassel, 1992
[3] Piet J., and Hougaard E. “The effect of mindfulness-based cognitive therapy for prevention of relapse in recurrent major depressive disorder: a systematic review and meta-analysis”, 2011, Clinical Psychology Review
[4] Ehrenberg A., La fatigue d’être soi. Dépression et société, Odile Jacob, 2000
[5] Boudon R, L’inégalité des chances, Paris, Hachette, 1979