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L’entreprise éthique : Une critique

Crédits : E-rse

L’«esprit du capitalisme» dont parlent Luc Boltanski et Ève Chiapello dans leur célèbre ouvrage «Le nouvel esprit du capitalisme», posséderait la capacité de se transformer dans le temps de manière à récupérer en son sein les critiques adressées à son endroit, en raison de ses effets délétères, et à épouser les mutations du système en tant que tel.

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Crédits : Alain Samson

La forme de critique du capitalisme appelée «artiste» par ces deux auteurs s’attaquait principalement à l’organisation fordienne et taylorienne du travail qui a connu son plus grand succès au cours des trente glorieuses.

Mais les transformations de l’organisation du travail dans les années 90 ont fait en sorte «ď éliminer en grande partie le modèle d’entreprise forgé à la période antérieure, d’une part en délégitimant la hiérarchie, la planification, l’autorité formelle, le taylorisme, le statut de cadre et les carrières à vie dans une même firme et, d’autre part, en réintroduisant des critères de personnalité et l’usage des relations personnelles qui en avaient été évacuées»[14]. L’éthique d’entreprise, forme contemporaine de l’esprit du capitalisme, s’est donc appropriée cette critique artiste et en a fait un moyen de sa propre légitimation.

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Crédits: Investissement

Le principe de rentabilité sociale : une alternative au capitalisme?

Un autre projet de moralisation du capitalisme  récupère une logique propre au monde capitaliste et essaie d’y superposer un certain souci de solidarité.

Le principe d’«utilité sociale» – ou encore de «rentabilité sociale», tel que mis de l’avant par le Chantier de l’économie sociale au Québec – offre un bon point d’entrée à l’exploration du mélange possible de vocabulaires et de catégories de pensée entre pratiques capitalistes et pratiques tout court mettant ainsi l’accent sur un principe de réciprocité, par exemple.

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Crédits : Sitel 

L’utilité sociale est un principe formel dont le contenu peut varier significativement. Par exemple, s’il est utilisé comme moyen symbolique de distinction face aux initiatives du secteur privé, la définition dudit contenu n’est pourtant pas nécessairement établie de manière autonome par les organisations de ce mouvement. Tant les organismes et instances subventionnaires privées que publiques, dont dépend une portion significative des entreprises en faisant partie, peuvent jouer un rôle prédominant dans sa détermination.

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Crédits : Dcmag

Dans un cas comme dans l’autre – responsabilité sociale, philanthropie et objectifs de relations publiques pour les premiers, quête de rationalisation et d’efficience des politiques développées chez les seconds – il peut se développer une définition quantifiable, voir même une mise en équivalence monétaire des résultats.  Des actions, qui rapprochent de cette façon les activités dites solidaires de ce dont on veut pourtant les démarquer, soit le monde capitaliste marchand.

Alors que l’éthique d’entreprise émerge explicitement des entreprises capitalistes elles-mêmes, on voit donc par le principe de rentabilité sociale qu’un mouvement comme celui de l’économie sociale peut finalement se retrouver subordonné à la logique économique face à laquelle il tente pourtant de se poser en alternative.

 

Bibliographie 
[1] Anne Salmon, « Éthique et intérêt: quels mobiles pour “l’entreprise providence” ? », Revue Française de Socio-économie: Sciences sociales et pratiques économiques 4, no 2 (2009): 40.
[2] Anne Salmon, « Néolibéralisme, nouveau management et plaisir », Connexions, no 103 (2015): 24.
[3] Gilles Dostaler, Le Libéralisme de Hayek, Repères 310 (Paris: La Découverte, 2001), 70‑71.
[4] Salmon, « Néolibéralisme, nouveau management et plaisir », 26.
[5] Ibid., 28‑29.
[6] Jean-Pierre Durand, La chaîne invisible: travailler aujourd’hui : flux tendu et servitude volontaire (Paris: Éditions du Seuil, 2004).
[7] Ibid., chap. 5: fragmentation des marchés du travail et mobilisation des salariés.
[8] Viviana A. Rotman Zelizer, Economic Lives : How Culture Shapes the Economy (Princeton: Princeton University Press, 2011), chap. Ethics in the Economy.
[9] Salmon, « Éthique et intérêt », 51‑52.
[10] Pierre Dardot et Christian Laval, La nouvelle raison du monde: essai sur la société néolibérale (Paris: La découverte, 2009), 311.
[11] Durand, La chaîne invisible, chap. Introduction.
[12] Salmon, « Néolibéralisme, nouveau management et plaisir », 27‑28.
[13] Salmon, « Éthique et intérêt », 52‑53.
[14] Luc Boltanski et Eve Chiapello, Le nouvel esprit du capitalisme (Paris: Gallimard, 1999), 133.
[15] Salmon, « Éthique et intérêt », 45.
[16] Salmon, « Néolibéralisme, nouveau management et plaisir », 36.
[17] Dardot et Laval, La nouvelle raison du monde, 411.
[18] Salmon, « Éthique et intérêt », 48.
[19] Salmon, « Néolibéralisme, nouveau management et plaisir », 36.
[20] Karl Polanyi, « L’économie en tant que procès institutionnalisé », dans Les systèmes économiques dans l’histoire et dans la théorie, Série Anthropologie (Paris: Larousse université, 1974), pp. 239‑60.
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