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Le stage après son BAC: une exploitation légitime ?

Crédits: Franceannonce

Le cheminement 

Le stage n’est pas obligatoire dans le cheminement académique du baccalauréat en sociologie. Par contre, il est requis pour d’autres formations et dans d’autres programmes universitaires.

Il est même parfois aussi important que les cours suivis durant le reste du cheminement académique. Notons qu’il existe des stages rémunérés et d’autres non rémunérés. Depuis plusieurs années, les stages non rémunérés sont à la mode chez les employeurs…

Pouvons-nous alors parler d’une méthode d’exploitation légitime des étudiants par les employeurs?

Dans un article publié dans La Presse en date du 2 mars 2014, Lee-Anne Goodman explique que ces « stages bénévoles » sont en hausse exponentielle depuis la crise économique de 2008. Au Canada, un nombre de plus en plus grand de personnes se retrouve en train de travailler gratuitement pour de très grandes entreprises, en taille et en capital.

Aux États-Unis, les autorités ont commencé à prendre action contre ces stages non rémunérés, mais au Canada on n’en est qu’à la première étape : la conscientisation du sujet. En fait, le problème est qu’il n’existe pas réellement de réglementation… seulement de petites lois par -ci ou par-là qui dépendent du dépôt de plaintes des employés non rémunérés.

Ce propos ne touche pas seulement les jeunes diplômés universitaires, mais aussi les nouveaux arrivants au pays à qui l’on demande de l’expérience locale. Selon deux chercheurs travaillant sur les stages, les jeunes diplômés font face à deux faits majeurs: l’inefficacité des lois actuelles et l’exploitation découlant des inégalités reliées au démarrage de nouvelles carrières.

Il est facile de se mettre à la place de ces jeunes :

«En allant contre son employeur, on risque d’être placé sur la liste noire. On veut l’expérience ainsi que les références, tout en ayant l’impression de n’avoir aucun autre choix que de se taire».

 

Credits: youtube

Alors que dirait Marx aujourd’hui ?

S’il était là aujourd’hui, Marx serait sans doute parmi les premiers à se révolter contre cette injustice. Ces grandes entreprises capitalistes seraient en train de s’approprier le jeune diplômé et son travail, et ce, en échange de l’illusion d’obtenir quelque chose en retour (de l’expérience et une ligne de plus dans son CV).

Ces entreprises ne tiennent pas leurs promesses en matière de liberté et d’égalité puisque leur non-rémunération est justifiée par le statut d’étudiant ou de jeune diplômé sans expérience sur le marché du travail. On voit également que, comme pour Marx et Engels, le salariat est un rapport d’exploitation qui enrichit le « bourgeois» (l’entreprise embauche ce jeune qui travaille pour elle et maximise sa production) et appauvrit le « prolétaire ».

Autrement dit, le jeune se fait payer uniquement en « expérience» et peut rarement se permettre d’avoir simultanément un autre emploi; d’où l’appauvrissement.

 

Crédits: management

Critique du système

Cette exploitation légitimée par le système est une concrétisation des injustices définies sur les rapports de classes dont Marx nous fait part. La critique de Marx consiste à montrer que l’État n’est pas du tout cette raison suprême qui prime au-dessus de tous et n’est pas le modèle à suivre.

Au contraire, le gouvernement est le miroir des rapports sociaux réels dans leurs contradictions (la contradiction la plus fondamentale étant celle des classes). Il est pour Marx «la raison » et la volonté arbitraire de la classe dominante.

 

Crédits: watchdogwire

Le prix réel de l’expérience

Les classes n’existent pas ni juridiquement ni politiquement. Elles sont une analyse de ce qu’on fait. Ce discours est nécessaire pour occulter la réalité des contradictions de l’existence de classes. Donc, l’État chez Marx est un État identifié comme le représentant de la volonté commune chez les travailleurs. En réalité, c’est la forme idéologique (le reflet déformé) d’une société de classes et de la lutte de ces dernières.

Ainsi, dès le départ, l’État est biaisé parce qu’il ne peut pas représenter tous ses citoyens. Il est une sorte d’imposture et ne sert que les intérêts de la classe dominante. Étant donné le besoin de justifier la domination d’un rang social sur une autre (en disant que nous sommes tous libres et égaux et donc en disant l’inverse de la réalité des rapports sociaux), il se voit dans l’obligation de développer ce discours.

 

Quel est donc le prix réel de l’expérience?

Crédits: chefdentreprise

Injustice légitime 

Une question importante doit être alors posée:

Pourquoi le salaire ne tient-il pas compte des tâches effectuées selon le statut de l’employé?

Dans les emplois rémunérés, les étudiants se retrouvent tout de même exploités parce que leurs salaires sont moins importants en comparaison avec les autres employés (permanents, par exemple) qui font exactement les mêmes tâches; seul le statut diffère.

C’est une prérogative nécessaire pour faire rouler la roue du capitalisme. Dorénavant, un des critères de recrutement des stages non rémunérés pour étudiants devrait être :

« Être prêt à recevoir une paye en expérience en échange de son silence sur les injustices reliées à l’emploi ».

 

Sources bibliographiques
  1. GOODMAN, Lee-Anne. « Le ton monte contre les stages non rémunérés », La Presse Canadienne, 2 mars 2014. Affaire Lapresse
  2. Textes du recueil du cours SOL2403: MARX, Karl. « Production de valeur- d’usage», Le Capital, Livre 1, section III, chapitre VII, Les classiques dessciences sociales, 1867.
  3.  MARX, Karl et Friedrich ENGELS. Manifeste du parti communiste, Chapitre 1 et 2, Les classiques dessciences sociales, 1847, 19 p.

 

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